Roland Garros se lance dans la billetterie nominative

Avec le développement cette année d’un système de billetterie nominative unique en son genre, la Fédération française de tennis affiche clairement sa volonté d’éradiquer un marché noir qui la parasite.

L’édition 2011 de Roland-Garros risque de rendre moroses les revendeurs de billets qui arpentent habituellement l’avenue de la Porte-d’Auteuil. La dernière innovation en date du côté de la FFT se veut quasi imparable pour qui voudrait revendre des places. “Si historiquement n’importe quel spectateur pouvait commander plusieurs billets avec une seule contremarque à son nom, aujourd’hui il est nécessaire de renseigner le nom de chaque personne détentrice d’une place”,explique Frédéric Longuépée, directeur délégué de la fédération, chargé de la billetterie. Un système qui obligera plus de quatre cent mille spectateurs cette année, à justifier de leur identité pour pouvoir pénétrer dans l’enceinte sportive.

L’unicité des places étant un processus relativement complexe en termes d’organisation, le tournoi de Roland-Garros est un des seuls événements de cette ampleur à avoir franchi le pas, comme le souligne, non sans fierté, Frédéric Longuépée. “Le comité d’organisation de la Coupe du monde de football 2006 en Allemagne avait eu de nombreuses velléités par rapport à la billetterie nominative, mais il a dû reculer assez vite face à l’ampleur du projet.” L’évolution constante de la billetterie du prestigieux tournoi de terre battue apparaît surtout comme une fatalité au vu des efforts considérables menés par la FFT pour contrôler et maîtriser la destination finale de ses billets.

DÉMATÉRIALISATION DU BILLET

Depuis sept ans de nombreuses opérations se succèdent à Roland-Garros afin d’ouvrir la compétition à un maximum de spectateurs, tout en limitant considérablement les trafics de billets. En 2004, la fédération lance l’opération “Visiteurs du soir”, qui permet aux personnes n’ayant pu se procurer de place lors de l’ouverture de la billetterie, d’en acheter à 50% de leur valeur grâce à un accès au stade permis à partir de 17 heures. Succès immédiat puisque le tournoi accueille dix mille personnes supplémentaires sur sa première semaine, parallèlement les reventes de places à des prix démesurés se sont largement réduites. En 2007, la FFT décide de miser sur le billet électronique – imprimable dans un premier temps, puis entièrement informatisé par la suite. Passant de sept mille unités vendues en 2007, cent quatre-vingt mille en 2010, et plus de trois cent mille aujourd’hui (écoulées en vingt-quatre heures), poussé par un engouement croissant pour le e‑commerce et la généralisation du billet électronique, l’achat de place pour Rolland-Garros se fait aujourd’hui presque exclusivement sur le site Internet du tournoi.

La numérisation de la vente permet, elle aussi, d’assécher ce second marché de la billetterie, les places vendues sur Internet étant nominatives (possibilité de les transmettre à un tiers, mais uniquement en ligne et en indiquant le nom du nouveau titulaire du billet). Un plus en matière de sécurité, appuyé par la création, en 2009, d’une Bourse d’échange officielle. Première technologique en France à l’époque de son lancement, cette nouvelle concurrence pour les vendeurs à la sauvette est à ce jour le seul canal autorisé pour acheter ou revendre des billets jusqu’au jour même du match. La plate-forme mise en place par Viagogo avait permis il y a deux ans de voir près de trois mille tickets changer de main, en toute légalité. Autant d’actions qui ont permis de diminuer visiblement le nombre de revendeurs à l’extérieur de l’enceinte. Malgré tout, ils étaient plus de cent cinquante à avoir été arrêtés par la police lors de la précédente édition pour une saisie d’environ cinq cents billets.

“ÉRADIQUER LE PARASITISME”

Durant la quinzaine du tournoi, les services de police et la FFT travaillent conjointement pour lutter contre “les parasites”, dixit son directeur de la billetterie.“Le marché noir dont nous sommes victimes traduit la bonne santé de l’événement, à l’inverse nous sommes gênés que certaines personnes puissent tirer profit d’un événement sans en supporter les charges d’organisation, cela s’appelle du parasitisme et nous voulons l’éradiquer”, explique M. Longuépée. Déterminé, il n’a pas hésité à faire du lobbying lors du vote de la Loppsi 2, en ce qui concerne la revente de places.

Adoptée par le Conseil constitutionnel en mars 2011, la loi sur la sécurité intérieure“prohibe la revente spéculative de billets d’entrée à une manifestation sportive, culturelle ou commerciale” aux abords des événements. Sur ce point l’instance fédérale a obtenu gain de cause puisque l’infraction qui coûtait jusque-là 175 euros relève désormais du droit pénal et les revendeurs risquent une amende pouvant aller jusqu’à 15 000 euros. Mais pour ce qui est de la revente de place sur des sites Internet, dont les organisateurs de manifestation n’ont aucun contrôle, c’est le flou juridique le plus total. La loi qui régit la billetterie en France date du 27 juin 1919 et n’a été que trop faiblement dépoussiérée avec la Loppsi 2. Or, la dématérialisation des billets et l’émergence de nouveaux canaux de vente en ligne ont profondément changé la donne. Alors que les autres tournois du grand chelem sont encore sur des problématiques liées à la billetterie papier, celle de Roland-Garros fait figure d’exemple dans le milieu de l’événementiel sportif (l’UEFA et la LFP s’y intéressent de très près).

Reste à savoir si les efforts consentis depuis huit ans du côté de la Porte d’Auteuilrecevront un accueil favorable du côté des plus de quatre cent mille spectateurs attendus cette année. “Tous nos changements de billetterie se sont accompagnés d’un nouveau système de contrôle d’accès (…) Nous avons réduit le temps d’attente aux portes du stade d’une quarantaine de minutes, en 2008, à environ douze minutes en 2010. Nous avons beaucoup travaillé pour gérer les flux”, assure Frédéric Longuépée. Quant au devenir des revendeurs, “ils sont malins et réussissent à s’adapter”, mais avec les évolutions technologiques, le tournoi de Roland-Garros n’est pour eux, assurément, plus ce qu’il était il y a dix ans.

Source : www.lemonde.fr

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